Banquets du XXIème siècle – 2000-2009

 

2001 : Le déjeuner d’automne et le banquet du 24 juin présidé par Patricia Darré

2002 : Le discours de Michel Giraudon

2003 : Le discours de Christian Lafaix

2004 : Le discours de Danielle Bahiaoui

2005 :

2007 : Le discours de Claude Augereau

2008 : Le discours de Daniel Pion

2009 : Le discours de Michel Collé

2009 – Discours de Michel COLLÉ

Chers Amis,

Quand Claude Augereau m’a demandé de présider notre banquet annuel, devant son sourire persuasif, je n’ai pu trouver de solides raisons pour refuser.

La seule condition étant que je ne présiderai pas, mais que j’animerai ces retrouvailles annuelles, avec ma soeur Sylvette.

Il nous manque Jean-Claude, qui lui, avait de grands talents d’animateur. C’était l’aîné et il avait tout pris ! Si je m’étais dérobé, j’aurais eu devant moi le sourcil sévère de mon père, votre Professeur d’anglais. Vous savez cette barre velue qui soudainement s’affaissait sur un regard qui se voulait méchant pour affirmer son autorité !

J’ai sollicité le renfort de Sylvette qui a fait une scolarité complète au Collège, alors que faute à un concours d’entrée à l’école d’optique de Morez, trop tôt réussi, je me suis arrêté en fin de classe de 4ème.

L’émotion était donc grande lorsque début octobre 1951, j’arrivais par la petite porte de la cour des garçons de cet immense bahut, prêt à m’écraser (l’accueil de ce genre d’établissement est d’ailleurs depuis de longues années sécurisé par la suppression de l’écueil que constitue l’examen d’entrée en 6ème). Et nous n’étions que quelques-uns de la classe de Mr Fouchet à avoir eu la chance de naviguer correctement entre « les fautes à 4 points », « les robinets qui coulent », les subjonctifs, les dates historiques et j’en passe.

C’était impressionnant toutes ces nouvelles têtes que je découvrais et qui me regardaient. Une cloche qui sonne, un coeur qui bat, où vais-je ? Et tous ces profs sévères, sur le perron, qui vous toisent !

Et puis, la classe de 6ème au fond du couloir, puis des filles en jupettes et chaussettes blanches, échappées du Cours Complémentaire, prêtes à perturber nos sentiments, nous, les joueurs de billes.

Une fois acclimaté, la routine reprit le dessus, avec de nouveaux copains. Finalement, les petites gamines apportaient un peu de gaieté face aux déclinaisons du latiniste « Jujute ». Mais il me fallait lutter pour obtenir un classement honorable, que je me devais d’obtenir, moi le fils du professeur, afin de flatter son orgueil et de passer des heures plus tranquilles à la maison ; le Père étant plus souvent au courant avant moi de mes résultats.

Fils de professeur, était un rôle difficile ! Il me fallait quelquefois affronter, les aînés du collège, qui, suite à quelques mauvaises notes en anglais, se montraient,
heureusement, plus menaçants que méchants (je pense). Alors que d’autres assuraient ma défense.

J’étais donc externe au Collège et je ferai la remarque suivante (assez floue à l’époque mais sur laquelle j’ai pu réfléchir plus tard) que les externes ne participaient que de loin à la vraie vie du collège, qui est celle des internes. Ce sont eux qui en font l’âme, associés à la stabilité du corps professoral et à sa qualité (comme l’évoque Pierre Julien dans le dernier bulletin de notre amicale).

Mes enfants ont connu le nouveau lycée, et à travers eux je n’ai pas eu l’impression de la même ambiance que celle de l’Ancien Collège.

Bot’-Bot’ (ce surnom a dû arriver quand je quittais le collège. Pourquoi Bot’-Bot’ ?), donc votre Professeur d’Anglais, Jean Collé, malgré sa sévérité extérieure avait très bon coeur. Selon lui, il exerçait cette sévérité surtout en classe de 4ème afin d’avoir la paix dans les classes suivantes, puisqu’il suivait les élèves en 3e, 2e et 1ère.

L’égalité des chances n’existe pas (quoiqu’en disent certains) et en tant que correspondant du B.U.S, il proposait des possibilités de carrière dès le brevet élémentaire (qui était à l’époque une étape sanctionnant un certain niveau d’études).

C’est ainsi que nombre d’élèves ont bifurqué vers les banques, les P.T.T ou autres administrations, où grâce à des concours internes, il était possible de gravir des échelons. Il en tirait une grande satisfaction quand il les voyait réussir leur vie professionnelle.

Autres sujets de satisfaction : les jurys d’examen du Baccalauréat communiquent entre eux, il lui arrivait d’obtenir le repêchage d’élèves méritants, soit par leur travail, soit par leur situation sociale.

Mon Père était en général assez discret et je ne pourrais donc vous en dire davantage. En plus, dès l’âge de 14 ans, j’ai été pensionnaire loin d’ici, mais Sylvette pourrait, si elle surmonte son trac, vous en dire plus.

Les relations entre enseignants ?

Elles étaient, outre une très grande considération pour son Principal, Mr Bressolette, surtout dans le respect professionnel des uns et des autres. Jean Collé a été plusieurs années correspondant du S.N.E.S, jusqu’à ce qu’une grève politique contre l’arrivée du Général De Gaulle, le décide à démissionner de ses fonctions syndicales en désaccord avec cette action politique. Et donc sur ce plan syndical, il y eut des désaccords entre enseignants ; car un autre syndicat (le S.G.E.N je crois) était également représenté.

Bien qu’issus de famille catholique, suite à un passage en Vendée, mes parents devinrent laïques, ce qui fut une motivation supplémentaire face à l’enseignement confessionnel, et je fus baptisé au Champagne (parrain Robert Savignat).

Mon Père me considérait en cours comme un autre élève. Il m’appelait par mon nom et non par mon prénom. D’ailleurs, seules les filles avaient droit à ce vocatif plus tendre ! Que Mme Marin ne partageait pas (c’était plutôt l’inverse).

Cette double fonction de Père et de professeur m’a d’ailleurs valu un superbe zéro. En effet, nous avions 1 heure d’anglais le mercredi et une autre le vendredi. Le Professeur m’interrogea le mercredi, ce fut sans problème ! Mais le Père dut s’apercevoir que le jeudi s’était passé avec les copains, et le vendredi, redevenu professeur, je me retrouvais donc avec zéro, pour une récitation non apprise.

Ce zéro n’était pas symbolique devant les autres puisque suite au décès de mes parents, il m’a fallu déménager le grenier, où j’ai retrouvé une caisse cloutée contenant tous ses carnets de notes, et j’y ai bien retrouvé mon zéro. J’ai tout brûlé, vous n’avez donc plus rien à craindre. Mais pourquoi les avait-il gardés ?

Christiane Beudard-Leroy souligne qu’elle n’a jamais vu Mr Collé et Mr Poupat en colère. Je la détrompe pour tous les deux, car Mr Collé était plus facilement irascible à la maison, quand je me chamaillais avec ma soeur, surtout pendant ses corrections de devoirs (120 copies environ par semaine).

Quant à Mr Poupat, l’anecdote mérite d’être contée. J’ai eu le privilège sans doute de le mettre dans une colère noire.

En effet, en 4ème, il nous enseignait (par force et à contre coeur je pense) la géologie. Lors d’une composition, et grâce à un livre que m’avait prêté ma Mère (qui enseignait la même chose au Cours Complémentaire) j’avais répondu à une question et j’en avais rajouté croyant bien faire en citant différentes sortes de grès reconnaissables à leur sonorité, soit le grès Pif, le grès Paf et le grès Pouf. Poupat (ignorant la chose, il était prof d’anglais avant tout !) a cru que je m’étais moqué de lui. Eh bien, je peux vous dire que Poupat en colère c’est terrible, j’en tremble encore !

Evidemment le Père avait dû essuyer en coulisse une partie de cette colère, et je dus me justifier à la maison.

55 ans plus tard, je m’en souviens encore. Jean Poupat, je ne vous en veux pas, mais si vous avez l’occasion, allez visiter le chantier de Guédelon (château- fort en construction) où, début juillet de cette année, le guide m’a fait découvrir le grès Pif, le grès Paf et le grès Pouf !

L’oeil de « Manu » était derrière le trou, et nous chahutions le cours de musique de Melle Albrand. A l’interclasse, une main me saisit par l’oreille, « Eh mon petit Michel, je t’ai vu tout à l’heure, cette fois-ci je ne le dirai pas à ton Père, mais ne recommence pas » Ouf !

J’étais sauvé ! Merci Monsieur le Principal !…

Dernière anecdote, qui se déroule, je crois au tout début des années 80, deux copains opticiens, mon frère Jean-Claude et moi, à Paris pour parfaire nos connaissances professionnelles, décidons d’aller dans un théâtre érotique, rue des Lombards. Hall d’accueil avec photos suggestives, et tout à coup une tête connue. N’étant pas très sûr de moi, je m’approche et dis à cette personne : « Il me semble vous connaître », réponse de la personne : « Je ne tiens pas à être connu ici ». Le timbre de sa voix transforme mes doutes en réalités et je me présente, c’est bien mon ancien professeur de… Après le spectacle (affligeant je crois) nous irons boire un pot dans un bar voisin pour échanger quelques souvenirs. Je ne suis jamais retourné dans ce théâtre et je ne l’ai jamais revu !

Maintenant je vais me confesser, en effet, lors d’une cérémonie solennelle dans la cour d’honneur du Collège, un hommage était rendu à ceux qui étaient tombés au champ d’honneur. Entendant les âneries d’un copain qui était derrière moi, je n’ai pu éviter d’esquisser un sourire. Le châtiment tomba à la maison au moment de se mettre à table, sous la forme d’une formidable paire de gifles accompagnées de cette phrase cruelle : « Tu m’as fait honte ».

Mon comportement pourtant discret, était injustifiable et la sentence plus que méritée, reviendra régulièrement dans mon esprit (comme l’oeil qui regardait Caïn).

C’était mon père, autoritaire et affectueux, fier des résultats, de ses élèves, même à la retraite, il se plaira à dire à la maison « J’ai rencontré un tel, il fait ci, il fait ça… ». S’appropriant un peu sa réussite, alors qu’elle provenait d’un ensemble de Professeurs unis pour notre développement intellectuel et
notre réussite dans l’avenir.

On ne peut pas parler du Collège sans y associer l’autre
établissement qui à l’époque s’appelait le « Cours Complémentaire ou C.C. » réservé aux jeunes filles. Ce
cours complémentaire, crée vers 1934, n’était accessible qu’aux jeunes filles à l’âge de 12 ans, sur examen
d’entrée en 6e (âge qui sera abaissé à 11 ans en 1946). Ce serait à l’époque le seul établissement secondaire
avec internat de jeunes filles du département.
Un quatuor d’enseignantes a laissé une empreinte indélébile dans cet ancien carmel. Il n’y avait pas un prof par matière, mais un prof par classe.

Madame Collé, faisait la 6ème, Madame Halay, la classe de 5ème, Madame Savignat celle de 4ème,Madame Pearon celle de 3ème et la fonction de directrice, poste qui sera occupé à sa retraite par Madame Savignat. Avant Madame Pearon le poste de directrice était détenu par Madame Laforet. Les cours de musique étaient assurés par Mademoiselle Gausset puis Mr Tinturier.

Les cours de gymnastique par Mme Fouchet. Ces deux établissements étaient intimement liés, soit par le corps professoral soit par les élèves, puisque Mr Collé,, par exemple, enseignait l’anglais à la fois au collège et au C.C, et qu’il fut remplacé au C.C. (année 47 ou 48 ?) par Mademoiselle Renouvel qui épousera Mr Flisseau, prof de français au collège. Ou les jeunes étudiantes entraient en 6ème au collège bénéficiant de l’internat du C.C., ou elles faisaient leur scolarité au C.C. jusqu’en 3ème. La réussite au brevet
leur permettait de continuer leurs études (2ème, 1ère Term.) au Collège, ce qui compensait les départs qui se produisaient au Collège en fin de 3ème.

Pendant quelques années, une classe préparatoire à l’Ecole Normale d’Institutrice a fonctionné.

Maintenant, concernant notre amicale, et compte tenu de l’exposition de l’an passé, et j’en félicite encore l’équipe qui l’a réalisée, je souhaite vivement que l’on trouve une salle, qui pourrait devenir une exposition permanente. Chacun d’entre nous doit posséder des documents qui disparaîtront au fil des héritages, c’est dommage, car le fait de les conserver et les exposer, ferait partie du patrimoine castrais. Heureusement pour vous que je n’ai fait que trois ans au collège, une scolarité complète aurait transformé ce déjeuner en dîner.

Merci de votre patience, ma soeur Sylvette et moi répondrons à toutes questions avec le maximum de sincérité.

Michel Jamet, présent à notre déjeuner, apporte les précisions suivantes quant au surnom « Bot’Bot’ » de Jean Collé.
Cela viendrait de l’Anglais « But » (« mais » en français) et de Butterfly, revue à laquelle Jean Collé conseillait de s’abonner.
La prononciation de « But’But » a dû dégénérer en « Bot’Bot » comme je l’ai entendu prononcer bien plus tard.

Michel COLLE

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 Centenaire : 2008 – Discours de Daniel PION

Banquet du centenaire de l’amicale aux Dryades


Monsieur le Président,
Madame le Proviseur,
Monsieur le Conseiller Régional,
Monsieur le Maire Adjoint,
Mesdames, Messieurs,

Lorsque le Président Guy FOUCHET m’a demandé de prendre la parole pendant ce banquet, j’ai accepté sans la moindre hésitation.

C’est en effet un très grand honneur pour moi de vous dire quelques mots au cours de cette manifestation qui marque cent ans d’existence de l’Amicale des Anciens Elèves du Lycée et du Collège G. SAND de LA CHATRE.

J’ai beaucoup d’admiration et de respect pour cette amicale. J’ai été membre de plusieurs amicales d’anciens élèves d’établissements scolaires secondaires et supérieurs, et ces associations n’ont pas fonctionné longtemps.

L’Amicale des Anciens Elèves du Lycée et du Collège G. SAND, a elle 100 ans !
Elle fait preuve de beaucoup de dynamisme, et d’imagination, témoin entre autres cette superbe exposition à l’Hôtel de Villaines dont le vernissage a eu lieu vendredi 19 septembre. Par ailleurs, j’ai toujours eu beaucoup de plaisir à vous rencontrer et à assister à vos assemblées générales.

Je suis arrivé au Lycée G. SAND en 1970, une nouvelle construction qui ouvrait ses portes. J’étais alors jeune professeur d’Education Physique et Sportive. La première personne que j’ai rencontré a été Marguerite FOUCHET. Dès mon arrivée, elle m’a beaucoup aidé. Grâce à elle j’ai pu faire rapidement connaissance avec les élèves du lycée, avec la ville de La Châtre et sa région.

Marguerite FOUCHET symbolise à mes yeux tout ce que l’on peut attendre d’un professeur : un investissement sans faille pour sa mission d’éducation et d’enseignement, un dévouement sans limite pour la réussite des élèves et un dynamisme toujours renouvelé.
A cette époque (1970) les conditions de l’enseignement de l’éducation physique et sportive étaient difficiles. Il n’y avait pas de gymnase.

Nous étions le plus souvent dehors sur le terrain de basket et de football du stade Deschien. Quand il faisait vraiment trop mauvais, nous n’avions pour seul abri qu’une portion de baraquement chauffé l’hiver par un poêle à bois ou à charbon. Ce sont des conditions que la plupart d’entre vous ont connues.

Aujourd’hui en 2008, les élèves et les professeurs d’Education Physique disposent, et c’est tant mieux, de gymnases, d’un stade équipé, d’une piscine couverte.

1970 – 2008 : 38 ans.
38 ans ce n’est pas beaucoup, mais que de changements, alors imaginez 100 ans…

J’ai évoqué l’enseignement de l’Education Physique et Sportive car c’est un domaine que je connais bien, mais j’aurais pu évoquer les conditions d’enseignement d’autres disciplines, ou encore la vie des élèves internes qui a elle aussi radicalement changé.

Je ne vais pas reprendre toute l’histoire du Lycée et du Collège, vous l’avez fait mieux que je ne le ferai, à travers le livre remarquable de Guy Fouchet et l’exposition que vous avez mise en place.

L’histoire du Collège et du Lycée G. Sand a été tributaire de l’histoire tout court :
Les deux guerres mondiales avec son lot d’évènements ô combien dramatiques. Mais il y a eu aussi de nombreuses réformes au niveau de l’Education Nationale. On ne peut toutes les citer ici, mais je dirai deux mots de la réforme dite réforme Berthouin : En 1959, le Ministre de l’Education Nationale Jean Berthouin prolonge par ordonnance la scolarité obligatoire de 14 à 16 ans. Les réformes qui ont suivi ont entraîné des refontes profondes des établissements scolaires du second degré et notamment la disparition de l’examen d’entrée en 6ème.
La disparition de l’examen d’entrée en 6ème est un évènement important. Elle a entraîné progressivement une modification considérable dans la vie des collèges. En effet les collèges accueillent maintenant tous les élèves d’une classe d’âge, avec tout ce que cela peut induire de changements nécessaires, au niveau de la pédagogie.

En remontant dans le temps, 1968 a marqué, on le sait, une mini révolution culturelle.
Puis un grand évènement local : l’ouverture en septembre 1970 du nouveau Lycée G. SAND et la séparation avec l’Hôtel de Villaine.

Après 1970, on ne peut passer sous silence les lois de décentralisation dont les premières ont été votées au début des années 1980, et bien d’autres ont suivi ensuite. Ces lois de décentralisation donnent aux collectivités territoriales des responsabilités nouvelles : les conseils généraux ont désormais la responsabilité entre autres de la construction et l’entretien des bâtiments des Collèges, les conseils régionaux ont les mêmes responsabilités au niveau des lycées.

Une des conséquences de ces lois a été la séparation du lycée et du collège G. SAND qui sont maintenant deux établissements distincts et autonomes. Ces nouvelles compétences des collectivités territoriales, collectivités qui se sont énormément investies sur ces dossiers, ont amené une transformation et une amélioration importantes des locaux où vivent élèves et professeurs.

Il y a donc eu au fil de l’histoire, au cours de ces 100 dernières années, et de manière accélérée au cours des 30 dernières années, de grandes modifications dans la vie des Collèges et des Lycées :

  • Parce que la société a changé.
  • Parce que la science a fait des progrès dans tous les domaines.
  • Les rapports entre les individus ont changé : les rapports parents – enfants, grand-parents – petits enfants, élèves – professeurs, élèves – personnels de direction, parents d’élèves – professeurs ne sont plus les mêmes qu’il y a 100 ans et même 50 ans.
  • Le développement rapide de l’outil informatique ces dernières années, au-delà des changements dans notre vie de tous les jours, entraîne des adaptations nécessaires dans la façon d’enseigner. En fin de 3ème, les élèves se présentent toujours au Brevet (Diplôme National du Brevet), mais doivent posséder le B2I (Brevet informatique et internet) qui atteste de compétences obligatoires minimum pour une utilisation efficace d’un ordinateur.

Vous avez pu remarquer par ailleurs que des élèves à l’école primaire ont déjà un téléphone portable, 95 % des collégiens et des lycéens ont également un téléphone portable.

Lorsque j’étais au lycée (le lycée comprenait alors les classes de la 6ème à la Terminale) les élèves étaient ou externes (venant à pied ou à bicyclette) ou internes. Il y avait peu d’automobiles autour des lycées dans les années 60, mais beaucoup de vélos au garage à vélos.

Aujourd’hui au Collège, quand il fait très beau, et pour les 600 élèves, on trouve 4 vélos et 3 scooters, mais beaucoup d’automobiles autour de l’établissement.
Il y a de plus en plus d’élèves demi-pensionnaires (il n’y a plus d’internat dans les collèges, ceux des lycées sont devenus très confortables).

Des circuits de ramassages scolaires, financés intégralement par les collectivités territoriales, sont mis en place tout autour de LA CHATRE.
Ces circuits de ramassage scolaire gratuits sont un service important rendu aux familles.

La société évolue donc rapidement, souvent trop rapidement, parfois dangereusement.
A travers ces quelques remarques, mais on aurait pu citer d’autres évolutions comme par exemple la place de plus en plus grande que prend la télévision dans l’environnement familial, une question revient régulièrement, une question que l’on me pose souvent : Au collège et au lycée est-ce que les élèves étaient meilleurs il y a 40 – 50 ans, meilleurs qu’en 2008 ?
J’entends parfois dire aussi qu’au Collège ou au Lycée « c’était mieux avant », sans du reste que l’on puisse formaliser dans quel domaine et à partir de quelle date on sépare l’avant de l’après.

Nous n’allons pas aujourd’hui trancher dans ces débats qui pourraient être passionnants. Les réponses ne peuvent être uniformes, et pour les formuler je crois qu’il ne faut pas faire preuve de manichéisme. Ce qui est sûr c’est qu’aujourd’hui les élèves sont différents parce que la vie est différente.

Sans aller plus loin dans cette discussion, mais pour illustrer mes propos, je tiens à vous rapporter une phrase que j’aime beaucoup. Je cite : « la jeunesse d’aujourd’hui aime le luxe, raille l’autorité et n’a aucun respect pour les aînés ».

La personne qui dit cela est un philosophe de la Grèce Antique. Il s’appelait Socrate. Socrate est mort en 399 avant Jésus-Christ… Cette réflexion doit nous amener à la plus grande prudence dans les réponses aux questions que je viens de poser.

Dans le magnifique ouvrage « Souvenir des générations de l’Hôtel de Villaine » figurent aussi quelques perles notées ici ou là, qui sont toutes très drôles.

En comparaison, je tiens à vous livrer quelques belles phrases que nous avons relevées ici ou là ces dernières années dans des copies du Brevet ou du Baccalauréat, et qui peuvent nous amener à sourire :

  • « Napoléon III était le neveu de son grand père »
  • « Le terre rote sur elle-même »
  • « Le cerveau a des capacités tellement étonnantes qu’aujourd’hui pratiquement tout le monde en a un »
  • « Les français sont de plus en plus intéressé par leur arbre gynécologique »

Et enfin une phrase qui doit nous inciter à la plus grande réflexion surtout au moment d’un banquet : « l’alcool permet de rendre l’eau potable ».

A travers ces anecdotes on voit bien qu’au-delà des modifications considérables de notre société au cours de ces années, on retrouve des similitudes.
Parmi ces similitudes, il y a aussi des valeurs que l’école, le collège, le lycée doivent continuer à défendre.

Des valeurs comme :

  • le respect des personnes dans la société quelle que soit la couleur de leur peau,
  • le respect des règles de vie,
  • le respect des personnes au niveau de la famille, de l’établissement scolaire,
  • le respect des bâtiments, du matériel, du bien public,
  • la nécessité lorsque l’on est Collégien ou Lycéen de faire un minimum d’efforts, de fournir un travail personnel important, d’accepter un certain nombre de contraintes.

Ces valeurs, et j’aurais pu en citer d’autres, sont nécessaires, peut-être pas suffisantes, mais nécessaires pour réussir sa vie d’adulte et de citoyen.
Ces valeurs figurent en filigramme dans l’exposition à l’Hôtel de Villaine et dans l’ouvrage qui marque le centenaire de l’amicale.

Antoine Prost qui est un historien reconnu pour ses écrits et rapports sur les questions d’éducation disait : « Si nous voulons être des acteurs responsables de notre propre avenir, nous avons d’abord un devoir d’histoire ».

Grâce à vous, grâce à l’Amicale des Anciens Elèves du Collège et du Lycée G. SAND, ce devoir d’histoire est aujourd’hui une réalité.

Pour cela et pour votre attention tout au long de mes propos, je vous remercie.

Daniel PION
Principal
Collège G. SAND de LA CHATRE
28/09/2008

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2007 – Discours de Claude Augereau

Diner aux Dryades, présidé par Claude AUGEREAU


Chers amis, Si je suis aujourd’hui à cette place d’honneur, je crois que je le dois à mon père. Comme le rappelle si souvent mon Président, je suis l’incontournable fille de J.L. Boncoeur et d’Edouard Lévêque. Merci papa, mais aussi en tant que vraie ancienne de ce collège puisque j’y suis restée 12 ans comme élève, et 2 ans comme prof adjoint, 14 ans c’est beaucoup mais cela me permet aussi d’être très au courant des archives et de la vie au collège pendant cette période.

Si mes éminents pédécesseurs à la présidence de ce banquet, à la tête laurée, à la boutonnière décorée ou au mérite reconnu ont fait honneur à notre association, personnellement je ne connais que les lauriers roses de mon jardin ou le laurier-sauce pour ma cuisine.
Quand même quelques très petites distinctions, coupes et médailles m’ont été attribuées, mais gagnées à la sueur de mon front et avec la rapidité de mes jambes. Merci Mme Fouchet d’avoir découvert mes possibilités et de m’avoir permis de les exploiter.
Vous savez déjà par le précédent bulletin que je suis entrée dans la vie avant terme, donc pas bien fi nie à 7mois1/2, pesant 900 gr mon premier lit fut une boîte à chaussures (j’ose espérer au moins du 42) ; drôle de spécimen chétif et plutôt souffreteux, mon frère Michel de 9 mois 1/2 mon aîné avait fait la razzia des talents, moi j’ai dû me contenter de ce qui restait.

En 1940 je n’avais pas encore 6 ans, 1ère rentrée scolaire au collège dans la petite école primaire de Mme Le Cann dans cette même petite classe au fond de la cour que je viens de réintégrer 67 ans après puisqu’elle est devenue mon local de chorale. Prénommée Noëlle à ma naissance, ma mère n’aimant pas les surnoms que l’on m’attribuait m’a changé de prénom je devins dès lors Claude au collège.

En 1942, exploit non renouvelé par la suite : prix d’excellence. Ayant fait mes preuves, ce fut réglé une fois pour toutes. De cette période de guerre jusqu’en 1946, bien sûr plein de fl ashs me reviennent à l’esprit, mais trop nombreux pour en faire état aujourd’hui, mais je me souviens de l’arrivée de tous ces réfugiés, de tous ces nouveaux petits camarades venus d’horizons divers, les classes étaient surchargées mais tout se passait bien avec la bonne volonté des profs, et sous la lourde responsabilité de M. Bressolette qui a toujours fait face aux problèmes que cela pouvait engendrer. Je me souviens aussi de ces deux prisonniers allemands qui passaient dans les classes pour recharger les appareils de chauffage, nous les regardions avec crainte, pour nous ils étaient forcément méchants. La ronde aussi de profs ou de pions nommés pour de courts séjours, certains faisaient halte chez nous au 4 avenue Aristide Briand en attendant de trouver un logement. Qui se souvient de Paul Hillairet, de Joseph Lagarde, de Pierre Cadeau ou du pion James Marches dit “Garys Devis”? j’ai subi ou apprécié les professeurs comme vous tous, surtout ceux qui ont fait toute leur carrière à La Châtre, soit pour leurs grandes qualités d’enseignants, soit pour leur tournure d’esprit ou leur humour, les farfelus ou les laxistes, donc rien de bien original à dire qui n’ait déjà été relaté. Les profs auxquels je fus particulièrement attachée, furent M. Bressolette “le PATRON” et père de mon amie Marie-Hélène pour laquelle j’ai gardé une grande tendresse; ils faisaient partie de mon univers de petite fi lle et d’adolescente, puis Mme Fouchet mon prof de gym que j’ai côtoyée pendant de si nombreuses années, qui devint ma collègue, puis mon amie au sein de la Croix Rouge; enfi n un inattendu, jamais cité dans les annales de l’amicale, il me semble, ce fut Jean Tinturier, pion très critiqué mais prof de musique remarquable, toutes mes bases musicales très complètes je les lui dois, ainsi que mon goût du chant et particulièrement du chant choral.

Après le collège, ce fut le CREPS, Carcassonne et retour à La Châtre, mariage en 55 avec Jean-Claude un ancien élève du collège, et membre du conseil d’administration de l’AECLC à cette époque ; naissance de Jean-Michel en 1956 et retour comme professeur adjoint à l’Hôtel de Villaines en 58 et 59, pour moi ce fut un grand bonheur de me retrouver dans mon élément dans ce cher vieux collège où j’ai passé tant d’heures avec mon père, d’abord dans son étude puis dans son bureau où j’aidais à remplir les carnets de notes, et surtout le contact avec les élèves, c’était vraiment chez moi.
Mais devoir oblige, j’ai dû après la naissance de mes deux filles Françoise et Dominique, devenir la femme du bijoutier. Beaucoup de femmes à cette époque devenaient femme de ——- et épousaient aussi la profession du mari.

Mes trois enfants ont fait tout leur parcours scolaire au Lycée de La Châtre, mais seul l’aîné Jean-Michel a connu un peu le vieux collège pendant 2 ans.
Rapidement je me suis investie comme membre très actif dans les associations de ma ville, théâtre avec mon père, membre du bureau des parents d’élèves, aider Jean-Claude, déjà bien implanté au collège puisqu’il avait créé, avec Monsieur Burthey professeur de lettres, un ciné-club pour les élèves; il représentait aussi la délégation des JMF à La Châtre, jusqu’en 1968, tous les mois nous emmenions un ou deux cars de pensionnaires du collège aux concerts à Châteauroux, nous avons d’ailleurs été à l’origine des concerts de Nohant avec les délégations des JMF de Châteauroux, puis avec le tennis, l’amicale des anciens élèves, la paroisse et le Centre St. Germain, la Chorale, les amis de l’orgue, et la Croix Rouge, pour certaines de ces associations cela fait plus de 35 ans, voire 40. Je devais aussi seconder mon père dans certains déplacements, l’aider à trouver toutes les semaines de la documentation pour rédiger la rubrique cinématographique de l’Echo du Berry, mettre en place ses expositions, souvent chez moi à la bijouterie, travailler avec lui à la rédaction du bulletin de l’AECLC. A partir de 1980 et ce jusqu’en 1992 à court d’idées, ayant épuisé les siennes pendant de si nombreuses années, nous avons cherché dans nos archives bien fournies des photos de classes, puisé dans nos souvenirs des anecdotes pour les passer dans le bulletin, fait des avis de recherches, essayé d’intéresser les membres de l’association pour qu’ils nous fournissent des documents touchant à leur scolarité, sans aucun résultat d’ailleurs, puis, il m’a fait créer en 1990 la rubrique des mots croisés pour boucher les trous. A partir de ce moment-là, de cruciverbiste je suis passée à verbicruciste et cela dure encore.

Je me suis beaucoup intéressée à ma ville que j’aime.
J’ai eu envie d’entreprendre des tas de choses, mais je n’ai pas toujours osé m’imposer… Manque d’ambition sans doute ! Maintenant la réalisation de mon concours de mots croisés depuis 15 ans et le festival des chorales, le 3ème cette année, qui eurent un franc succès, suffisent à mon petit bonheur.
Le temps a passé, me voilà dans la dernière ligne droite de mon existence, reste le sprint final que je vais essayer de faire le plus lentement possible.
Suis-je arrivée enfin à terme ? Cette question restera, je le crains, sans réponse.
Ce soir vous m’avez témoigné votre amitié par votre présence, j’en suis profondément touchée, soyez-en remerciés. Maintenant je lève mon verre à la santé de notre association qui va fêter ses 100 ans, je pense à tous ceux qui l’ont fait vivre, puisse-t-elle survivre à notre monde moderne. A vous les plus jeunes anciens de perpétuer cette tradition qui n’est pas ringarde, ne la laissez par mourir.
Je vous souhaite un bon appétit et une bonne fin de soirée.

Claude Augereau

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Banquet juin 2005

Banquet juin 2005
Diner présidé par Michelle OLOGOUDOU SAVIGNAT
Ancien membre du Conseil Economique et Social

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2004 – Discours de Danielle BAHIAOUI

L’assemblée générale a eu lieu le dimanche 20 juin 2004 à 10 h dans la salle habituelle du Lycée G. Sand. Elle a été suivie du traditionnel banquet aux Dryades à Pouligny-Notre-Dame à 12 h 30.

 

Danielle Bahiaoui, présidente du banquet 2004 est une ancienne élève et est professeur de Lettres au Lycée George Sand. Née à La Châtre, fille de M. et Mme Pierre Jamet, Danielle Bahiaoui poursuit ses études à la Faculté des Lettres de Tours où elle obtient une licence, puis une maîtrise de Lettres modernes avec mention Très Bien préparée depuis le Maroc où elle exerce comme professeur de français de 1978 à 1984. Elle retourne aux sources en 1986 et devient professeur au Lycée George Sand qu’elle n’a plus quitté.
A côté de ses activités normales de professeur, Danielle Bahiaoui conduit avec succès de nombreuses activités pédagogiques annexes : théâtre avec ses élèves, poésie, chanson, répertoire de Musset ou créations autour de George Sand depuis 1992, jumelage des lycées George Sand depuis 1995 avec des rencontres et échanges pédagogiques (théâtre, défi lecture, correspondance via internet…). Danielle Bahiaoui collabore également aux projets culturels menés autour du Château d’Ars et, en particulier, assume la responsabilité de la Lettre d’Ars ; elle est également Secrétaire du Conseil d’Administration de l’AECLC.
Danielle Bahiaoui est Chevalier des Palmes Académiques.

Discours de D Bahiaoui…

Jean-Pierre Ferland chantait dans les années 60 :
 » Mais de mes années d’école,
Je n’ai rien gardé ;
Ce n’était que des paroles
Pour gâcher l’été… »

Je pourrais presque dire la même chose. Drôle de façon de commencer mon discours de présidence du banquet des Anciens Elèves, n’est-ce pas ? Tout à fait mal venu. Et pourtant, c’est presque la vérité. De mes années d’école en général et de mes années de lycée en particulier il ne me reste que très peu de souvenirs précis. Juste des images, des flashes. Même les noms de mes anciens condisciples s’estompent dans un brouillard général. Quand Nicole Piat m’a dit que nous étions la même année en terminale, je lui ai avoué que je ne me souvenais pas du tout d’elle. Elle non plus d’ailleurs ne se souvenait point de moi. Elle m’a cité des noms d’élèves qui étaient dans la même classe que nous. Je n’en ai aucun souvenir. En tout et pour tout je ne me souviens que de trois élèves de Philo : Bernard Bigot, Jean-Pierre Magne et Marie-Thérèse Brisse.

Même phénomène de mémoire très sélective en ce qui concerne les professeurs. Au fond je ne garde un réel souvenir que de Mr Beudard. Je lui vouais une véritable admiration. Admiration teintée de compassion quand il avait du mal à endiguer le chahut de la classe, chahut qu’il contribuait d’ailleurs lui-même à faire naître en se laissant aller à des digressions trop nombreuses et de valeur on ne peut plus inégale. Si les incursions dans l’histoire de l’Amérique pré-colombienne avaient au moins le mérite d’enrichir notre culture générale, on ne pouvait certes pas en dire autant quand il dérapait sur des souvenirs personnels relatifs à sa passion pour la moto ou à ses amours avec la petite Lulu… La classe en profitait pour déraper elle aussi et je me souviens combien je souffrais pour lui dans ces moments-là. Souvent ses yeux rencontraient les miens et y lisaient une muette réprobation à laquelle il répondait par un  » Oui, mademoiselle Danielle, on va revenir au cours… » Cette complicité entre lui et moi s’était instaurée dès le début de l’année. Je buvais ses paroles. J’avais envie de lui plaire par devoirs interposés. Mais dans les deux premières dissertations rendues j’avais eu l’outrecuidance d’inventer des citations pour illustrer mon argumentation. Ce qui devait arriver arriva. Lorsqu’il me rendit le 2nd devoir il se pencha au-dessus du bureau et me dit :  » Vous savez, mademoiselle Danielle, que j’ai une mémoire d’éléphant ? – nous y voilà, me suis-je dit – Oui, Monsieur – Vous savez que lorsque j’ai lu un texte une fois, je ne l’oublie pas – Oui, Monsieur – Alors, à votre première dissertation, je me suis dit : tiens elle n’a pas les mêmes sources que moi ; mais à la deuxième je n’ai plus de doute… vos citations, vous les inventez ? – Oui, Monsieur. Il a ri et a ajouté :  » La prochaine fois ne soyez pas si modeste, au lieu de dire  » Un philosophe a dit  » ou  » on a pu affirmer que… », dîtes  » je pense que… » ,  » je dis que… ». La leçon teintée d’ironie a porté et je n’ai plus jamais inventé de citations.

Voilà donc un souvenir marquant. J’en ai bien sûr quelques autres. En seconde par exemple, j’ai adoré mon prof de français, Mr Burtey. Il venait en cours en vélo ; quand il pleuvait il mettait un mouchoir sur la selle, et il mangeait des croissants ou des petits pains au chocolat sans doute parce qu’il n’avait pas eu le temps de déjeuner le matin. Mais il émaillait ses cours et les marges de nos copies de remarques ironiques dont je me souviens encore. Dans un devoir dans lequel j’avais écrit :  » l’homme privé de volonté est une barque sans réaction « , il avait noté :  » Tiens, je ne savais pas qu’il existait des barques à réaction. » Un autre exemple : dans une dissertation dont le sujet était :  » Vous êtes metteur en scène. On vous demande de faire un film sur Du Bellay, comment vous y prenez-vous ? « , j’avais écrit :  » Je terminerai le film sur une silhouette squelettique pour évoquer sa maladie  » et il avait souligné d’un  » Je vous suggère alors de faire appel à Philippe Clay « .

Mr Beudard, Mr Burtey, ce sont les deux profs qui m’ont le plus marquée d’une façon positive. Certains me sont restés en mémoire pour des raisons très négatives. Ils m’ont appris que des adultes aussi pouvaient faire preuve d’injustice, de méchanceté, de lâcheté et d’étroitesse d’esprit. Parmi ceux-ci Mr Coq, prof d’histoire, dont je n’oublierai jamais qu’il a déclaré en philo que les civilisations africaines ça n’existait pas, provoquant ma première vraie rébellion ouverte, des profs de science nat dont je ne sais plus le nom, mais qui ont tout fait pour me rebuter quant à leur matière, et Mr Léger, le prof de français de 1ere. Faut dire qu’après Burtey, pas facile d’assurer la succession. Il est tout de même le seul prof de français à avoir réussi à me faire faire autre chose que du français pendant ses cours… Recopier des problèmes de physique par exemple… Je crois que si je suis devenue professeur c’est beaucoup pour prouver qu’on pouvait être un prof de français différent de lui. Il a été, en quelque sorte, mon modèle en négatif !

Même si les figures qui ont surnagé dans le naufrage de l’oubli sont peu nombreuses, elles en sont d’autant plus importantes. Et certains profs, comme Mme Rolland, en physique, restent pour moi des exemples de conscience professionnelle. Elle était juste et avait son franc-parler. Après le bac, elle demanda ma note de physique-chimie à mon père. Celui-ci lui ayant répondu :  » elle n’a pas eu beaucoup, seulement 11  » elle rétorqua aussitôt :  » oh ! mais c’est inespéré  » ; et elle avait raison… Je l’aimais bien ; je crois qu’elle m’aimait bien aussi, elle avait compris que j’étais prête à faire des efforts si on m’en donnait l’occasion, même dans les matières où j’étais loin de briller. Ça a été également le cas pour ma prof de gym, Mme Fouchet. Je fus dispensée de sport pratiquement pendant toute ma scolarité, mais elle m’accueillait avec gentillesse sur le terrain avec les autres et me faisait pratiquer des activités qui ne présentaient pas de danger pour moi. Je me sentais moins exclue et les activités physiques sont restées pour moi un plaisir. Par contre quand je lui ai dit, en début de 1ère que je n’avais pas de certificat médical cette année-là, c’est elle qui m’a fortement conseillé de trouver un motif de dispense pour ne pas perdre de points au bac. Je me suis fait dispenser pour cause de  » rhumatisme articulaire  » et elle a continué à me permettre d’aller sur le terrain avec les autres, pour le simple plaisir. Aujourd’hui encore je lui rends hommage pour son ouverture d’esprit, sa gentillesse et la joie de vivre qu’elle communiquait à ses élèves.

Et avant d’en terminer avec les profs, je voudrais parler de Jean-Louis Boncoeur. Je n’ai pas eu de chance ; je l’admirais mais j’étais si mauvaise en dessin que nos relations ont été superficielles et éphémères. En effet, les cours de dessin sont devenus facultatifs et je m’en suis dispensée. Mais je me souviens d’une anecdote. Il avait l’habitude de venir s’asseoir à notre place pour corriger, arranger nos dessins ; dans mon cas il s’agissait plutôt, soyons franc, de refaire tout. Un jour, sans doute particulièrement pessimiste quant à mon cas désespéré, il me dit, d’un air dubitatif :  » Mais qu’est-ce que je vais faire de toi ?  » ; et je lui répondis, dans toute l’ignorance, pour ne pas dire dans toute l’insolence des mes quinze ans :  » une cubiste monsieur « . Nous avons eu droit alors à un cours en règle d’histoire de l’art sur le cubisme, que je n’ai jamais oublié.

Ce discours est un hommage aux enseignants. Même si certains n’ont pas été dignes de l’image que je me faisais d’eux, la plupart ont su me transmettre leur passion de transmettre. Et c’est d’eux surtout que je me rappelle.

A l’époque je vivais dans un univers intérieur qui n’avait pour ainsi dire pas de points communs avec la réalité des autres. Alors que mes camarades de classe écoutaient les yéyés, je découvrais Léo Ferré. Je n’allais ni aux bals, ni aux surprises-parties, je dévorais les livres et j’écrivais des poèmes. Je me souviens du coup terrible que je reçus , lorsque, en arrivant au lycée, j’entendis deux élèves parler de la mort de Piaf. Pour elles c’était une information comme une autre. Pour moi ce fut une douleur en plein coeur. Je retins mon chagrin pendant tout l’après -midi ; je n’avais personne avec qui le partager. Et en arrivant à la maison j’appris en plus la mort de Cocteau. Ma vie était ailleurs. Mais je crois que les autres ne s’en apercevaient pas vraiment. Je n’avais pas de vraies amies. Des camarades à qui je rendais service dès que l’occasion s’en présentait. C’est tout.

Cependant, si de ces années-là, je n’ai pas la nostalgie, je leur suis tout de même infiniment reconnaissante. C’est au cours de ces années d’école (ça a d’ailleurs commencé très tôt) que j’ai acquis la notion du bonheur d’écrire. C’est en effet à travers mes devoirs de français et de philo que je pouvais assouvir un peu cette passion. Et je pense que mes devoirs, même s’ils étaient souvent maladroits et naïfs, avaient au moins le mérite d’être différents de ceux des autres élèves, et reflétaient un peu le plaisir que j’avais eu à les écrire. Même s’ils en dénonçaient, amusés, l’excès de lyrisme, tous mes profs, y compris ceux de fac par la suite, ont souligné le plaisir qu’ils avaient à les lire. Et c’était le plus beau compliment qu’ils pouvaient me faire.
L’Ecole, le lycée en particulier m’a donc fait connaître mon plus grand bonheur, celui d’écrire, celui de communiquer par l’Ecriture. Et ce n’est pas rien !
Si je me retrouve aujourd’hui en train de présider ce banquet, c’est bien à ce plaisir d’écrire – là que je le dois. En effet ce bonheur d’écrire, je l’ai toujours cultivé, pratiqué par la suite. Mais c’est grâce à George Sand qu’il est devenu autre chose qu’un bonheur solitaire. Et cette année du bicentenaire de sa naissance est pour moi une année importante, puisque mon écriture m’a ouvert un chemin vers les autres : vers un éditeur – vers des lecteurs, vers vous qui m’avez fait l’honneur de me confier la présidence de ce banquet. Ce bonheur d’écrire est véritablement redevenu, comme il le fut au début, grâce à l’Ecole, un outil de communication. George Sand m’a permis de faire entendre mes mots. Et en échange j’essaie, modestement, et parmi tant d’autres voix, tant d’autres plumes plus reconnues que les miennes, de contribuer à donner aux siens, à tous les siens, l’impact qu’ils méritent.

J’ai toujours aimé les écrivains et les poètes. Leurs mots m’ont aidée à me construire. Et parmi eux George Sand occupe une place particulière. Nous nous sommes rencontrées un peu tard, mais grâce à elle le dernier tiers de ma vie est une aventure formidable. Elle a élargi mon horizon en me faisant connaître des gens merveilleux venus d’un peu partout : mes collègues des quatre lycées George Sand – des universitaires de Poitiers, de Lille, de Paris et de beaucoup plus loin : d’Allemagne, de Sibérie ou du Japon ! – tout un réseau d’enseignants venus en classe Patrimoine – des gens de théâtre – des musiciens – etc… etc…

C’est un peu, comme si de là-bas, elle continuait à faire ce qu’elle a fait toute sa vie : à savoir, aider les humbles à acquérir une liberté et le droit d’expression ; favoriser les contacts et se mettre au service des autres.

C’est grâce à elle que je suis parmi vous aujourd’hui et je l’en remercie ; et je vous en remercie. Je remercie en particulier Guy Fouchet, notre président, qui m’a fait confiance et m’a tellement soutenue dans mon projet de Jumelage. Et puisque j’en suis aux remerciements, je tiens également à remercier les amis qui auraient dû être là à mes côtés aujourd’hui :
– Marie-Josée Senet qui a été un extraordinaire proviseur et dont le soutien ne s’est jamais démenti ;
– Georges Buisson avec lequel j’ai pu établir des relations de complicité et de confiance.
Eux aussi ce sont des cadeaux de George Sand.

Merci à tous et j’espère que la belle aventure va se poursuivre.

Danielle BAHIAOUI – Les Dryades, le 20 Juin 2004

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2003 – Discours de Christian LAFAIX

Le banquet a renoué cette année avec les Dryades, après le Château de Sarzay, les Salles des Fêtes de La Châtre et de Montgivray.
Le succès connu ces dernières années ne se dément pas, car plus de 70 amis ont participé à ce repas empreint d’une grande convivialité, en présence de Monsieur Julien, Proviseur Adjoint du Lycée et Daniel Pion, Principal du Collège. Maurice Bourg, Adjoint au Maire et ancien élève était présent et Monsieur Nicolas Forissier, Député-Maire est venu saluer notre assemblée amicale.
Le Banquet était présidé par notre « ancien » Christian Lafaix, Professeur agrégé de médecine, qui, sans notes, a évoqué ses souvenirs avec beaucoup de simplicité et d’émotion.
Il a bien voulu nous restituer avec fidélité son texte qui est reproduit ci-dessous.


Cher Président, Mesdames, Messieurs, chers amis(ies),

C’est à la fois un honneur et un plaisir de présider ce banquet 2003 des anciens élèves du Collège de La Châtre.
De longues années se sont écoulées depuis mes sept années d’études secondaires passées à l’hôtel de Villaines. Mon père André Lafaix et mon oncle Pierre Lafaix ont également été élèves du Collège. Madame Claude Augereau a découvert dans les archives que ce dernier avait présidé le banquet de 1953. Un demi-siècle après lui, je vais donc égrener quelques souvenirs qui me sont communs avec certains d’entre vous.

Lors de mon entrée en sixième, en 1943, c’était encore la guerre. Même pour un enfant de 11 ans, la tension et l’angoisse diffuse, caractéristiques de cette époque, étaient perceptibles. Des enfants dont les parents s’étaient réfugiés à la Châtre pour échapper à l’effroyable menace qui pesait sur eux, ont été nos camarades en sixième et en cinquième. Après la libération, la plupart sont repartis dans leur région d’origine et il est dommage que nous les ayons ainsi perdus de vue.

Après la victoire des alliés en 1945, ce fut un immense soulagement, j’étais donc en quatrième et je me souviens de cette sensation palpable de liberté et de bonheur retrouvés. A la Châtre, cette euphorie collective s’est exprimée pendant quelques années par ce que Jean Gaultier, historien de notre ville a appelé « le temps des kermesses ». Elles se tenaient chaque été sur l’esplanade de l’abbaye et nous donnaient l’occasion de se retrouver entre copains, avec une permission de minuit !

Ce fut donc dans une ambiance enfin détendue et sereine que se sont déroulées ces dernières années de scolarité avec mes camarades de classe. Nous étions une petite bande à nous retrouver dans les moments de loisir : Jacques Boury, Jean-Albert Cayré, François Doublet, Daniel Langlois, Roger Metivier, Robert Selleron. S’y joignaient souvent les frères Collé et Gérard Laruelle. Je me souviens, par exemple, des parties de Monopoly chez Jean-Albert, des ballades en vélo avec Roger sur les routes de notre campagne où la circulation automobile était encore rare à l’époque (notre héros, c’était Louison Bobet), et des parties de pêche avec pique-nique et bouteille de limonade mise au frais entre deux cailloux dans le courant de la rivière : un vrai bonheur ! Il y avait aussi nos amies, les filles de la classe, trop rares puisqu’en terminale elles n’étaient plus que trois : Jeanne Isidore, Yvette Pacton et Marie-Thérèse Raveau. Je pense avec émotion à ceux d’entre eux et d’entre elles qui ont été arrachés trop tôt par le destin à notre affection  : Yvette Pacton – épouse de Maurice Rameau – dont le frère Jean Pacton est mort en héros de la résistance, Roger Metivier, qui était mon meilleur copain, et – je viens de l’apprendre avec tristesse – Marie-Thérèse Raveau.

Je ne peux évoquer ces années de collège, sans avoir une pensée reconnaissante pour nos professeurs : Monsieur Charles Appere, qui nous a enseigné avec une grande élégance le latin et les belles lettres, Monsieur Raymond Delagoutte qui savait si bien intégrer l’étude précise de la langue grecque avec l’histoire et la culture helléniques de l’antiquité. Monsieur Paul Beaudard, professeur de philosophie qui nous donnait l’exemple de sa sagesse détachée de toute vaine immédiateté. Monsieur Edouard Lévêque était notre professeur de dessin. A ce titre, il m’a initié à une autre dimension, par son exemple et son enseignement : la créativité. Je lui suis très reconnaissant de m’avoir encouragé à peindre, car c’est toujours un de mes passe-temps favoris, peut-être même que cela aurait pu être ma vocation. Je me souviens également de mes autres professeurs : Monsieur Collé qui nous faisait préparer nos devoirs d’anglais par petits groupes, Monsieur Coq, qui m’a donné le goût de l’histoire et la géographie, Monsieur Poupat, devenu par la suite un ami, Monsieur Lamidey, Monsieur et Madame Rolland dont l’enseignement scientifique m’a été bien utile par la suite. Madame Fouchet assurait notre éducation physique et nous apprenait à être « mens sana in corpore sano ». Le principal du collège, à cette époque, était Monsieur Bressolette. C’était un homme d’aspect austère, mais profondément bon et juste, qui avait de l’affection pour ses élèves.

Dans l’ensemble, même si nous étions parfois un peu dissipés, nous percevions tous, l’intérêt de l’acquisition de la connaissance et nous en étions reconnaissants envers nos professeurs que nous respections. Les choses semblent avoir bien changé dans certains établissements, sans doute en raison de l’évolution de notre société. Il n’en reste pas moins que la transmission du savoir, dans tous les domaines, est aussi nécessaire à la survie de l’espèce humaine que la transmission de la vie. C’est pourquoi le métier d’enseignant est l’un des plus beaux qui soient.
Toute ma promotion, après la terminale, a passé la seconde partie du baccalauréat en juillet 1950, juste au tournant du siècle, avec un oral par une chaleur caniculaire (comme aujourd’hui) au Lycée Gay-Lussac de Limoges. Puis les orientations différentes et les circonstances de la vie nous ont dispersés et éloignés les uns des autres.

Pour ma part, après une année à la Faculté des Sciences de Poitiers (1950-51), où j’ai eu le plaisir de retrouver Jean-Albert Cayré et Roger Métivier, je suis allé à Paris à la Faculté de Médecine. Les quinze années suivantes ont été consacrées à la fondation d’une famille, au service militaire, et aux études et concours hospitaliers et universitaires. Cependant, j’ai eu le plaisir de revenir assez souvent, bien que toujours trop brièvement, dans ma ville natale de La Châtre chez mes grands-parents puis chez mes parents. En 1966, changement de cap ! Après l’agrégation de médecine dans la discipline de maladies infectieuses et tropicales (1965), j’ai choisi d’aller en mission de coopération au CHU de Dakar. La jeune Université de Dakar était alors, en effet, intégrée aux universités françaises. De façon plutôt inattendue, mais très agréable, c’est là, sous les tropiques, que j’ai retrouvé mon vieux collège de La Châtre. C’est d’abord parce que, arrivé au Sénégal avec ma femme et mes trois enfants, j’ai eu le grand plaisir d’y retrouver deux anciens élèves Alice et Paul Mintz et leurs deux enfants. Ils y enseignaient dans leurs disciplines respectives la biologie et la physique. Ils nous ont accueillis avec toute leur amitié, et il était réconfortant de se retrouver entre berrichons si loin de nos bases. A vrai dire nous avons tous bien aimé ce pays très attachant. Il était présidé à l’époque par L.S. Senghor, un homme qui aimait son pays mais aussi la France et sa culture et que nous estimions beaucoup.

C’est sans doute pourquoi l’année dernière, nous nous sommes retrouvés entre « berrichons-africains » (Alice et Paul Mintz, Michèle Olougoudou, Monique et Christian Lafaix) lors d’une réunion du souvenir, destinée à rendre hommage à l’homme politique et au poète Senghor, organisée à la Cité Universitaire de Paris par notre président Guy Fouchet.
Pour en revenir à mon affectation au centre Hospitalier et Universitaire de Dakar en 1966, le versant hospitalier de celle-ci a constitué – malgré l’expérience acquise dans les hôpitaux parisiens – un choc. Imaginez, en effet, un hôpital, à peu près de la dimension de celui de La Châtre (Hôpital de Fann) où sont admis nuit et jour et en très grand nombre, des malades souffrant de maladies infectieuses extrêmement graves telles que paludisme pernicieux, tétanos, diphtérie, rougeole, méningites purulentes, maladie du sommeil, abcès amibiens, poliomyélite. Comme tout médecin confronté brutalement à une telle situation, et disposant de moyens thérapeutiques limités, je me suis senti un moment découragé, devant l’ampleur de la tâche. Puis rapidement, devant l’extrême densité de la pathologie infectieuse, dans ces pays tropicaux, on se rend compte – comme le recommande d’ailleurs l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) – que la médecine préventive est encore plus indispensable que la médecine curative. La prévention des maladies infectieuses s’appuie essentiellement sur les vaccinations. C’est pourquoi un des problèmes prioritaires dans les années 60 au Sénégal comme dans les autres pays en développement (PVD) était la rougeole. Cette maladie est en effet extrêmement meurtrière en milieu tropical, où elle est aggravée par la malnutrition infantile. A l’époque, l’OMS estimait à environ 8 millions par an les décès par rougeole chez les enfants de moins de 5 ans dans le monde. Or après l’isolement du virus (Enders aux USA), des vaccins, encore expérimentaux, étaient disponibles. J’ai eu l’avantage de mettre en oeuvre, avec mes confrères du Sénégal, ces nouveaux vaccins. Cela n’a pas été une tâche facile car il a fallu les comparer, évaluer leur tolérance, leur efficacité, leurs stratégies d’application. Mais je me souviens avec émotion des résultats spectaculaires obtenus et du recul considérable de cette endémo-épidémie au niveau des hôpitaux et des dispensaires du territoire. Par la suite, le vaccin rougeole a été intégré au programme élargi de vaccination (PEV) défini par l’OMS pour les PVD, en association aux vaccins diphtérie, tétanos, coqueluche et poliomyélite. Grâce, entre autres, à l’UNICEF, le PEV a permis de réduire considérablement la morbidité et la mortalité par ces maladies sur la terre. La mortalité par rougeole est estimée actuellement à 1 million de décès par an dans le monde, soit huit fois moins qu’en 1966. C’est encore beaucoup trop, quand on sait que si 95 % des enfants du monde étaient vaccinés contre la rougeole, cette maladie pourrait être éradiquée de la planète. Un tel résultat de disparition d’une maladie grave sur la terre a déjà été obtenu pour la variole (1979) grâce à la vaccination. L’OMS espère également l’obtenir dans les années à venir pour la poliomyélite.

Un autre aspect de mon séjour au Sénégal qui m’a fait me souvenir de mon collège de La Châtre, a été celui de l’enseignement que j’avais à assurer auprès des étudiants en médecine qui se recrutaient à cette époque dans toute l’Afrique francophone. Ces étudiants africains, encore peu nombreux par promotion, étaient en effet particulièrement attentifs à l’enseignement verbal, très attachés à leurs maîtres et aussi très attachants. Il m’arrivait souvent de les emmener « en brousse » dans ma voiture pour des études épidémiologiques ou des séances de vaccinations. Dans ces occasions, ou à l’hôpital lors des enseignements « au lit du malade », ou en « travaux dirigés » il m’est souvent revenu en mémoire notre classe de grec de trois élèves en première, et les dialogues de Platon que nous faisait étudier Monsieur Delagoutte, exemple type d’un enseignement oral et convivial. Peut-être cette réminiscence a-t-elle été favorisée par l’intérêt du président Senghor pour la civilisation hellénique antique ?

En tout cas, le changement d’ambiance fut brutal lors de mon retour en France, au CHU de Créteil pour l’année universitaire 70-71. Depuis mai 1968, les étudiants étaient très nombreux et très contestataires. J’étais devenu subitement un « mandarin » suspect de conservatisme et d’abus de pouvoir ! Heureusement des relations plus confiantes se rétablirent assez rapidement et j’ai eu le plaisir de former à l’hôpital de nombreux élèves très chers et très fidèles.

En évoquant cette profession médicale, je pense aux élèves actuels du Collège, devenu Lycée George Sand. Certains d’entre eux envisagent certainement de devenir médecins. Actuellement, je ne peux que les encourager dans cette voie, car la France va manquer de médecins dans les décennies à venir et le « numerus clausus » en fin de première année d’études va augmenter progressivement. Cela me ferait plaisir que des élèves du Lycée choisissent la discipline des maladies infectieuses et tropicales. C’est une spécialité passionnante qui s’inscrit dans le temps et dans l’espace, dans l’histoire et la géographie, et qui est en relation constante avec l’actualité de nos sociétés. Or les infectiologues sont peu nombreux en France pour aborder tous les difficiles problèmes posés, par exemple, par l’infection à VIH (SIDA), les infections nosocomiales, les infections émergentes (SRAS…) ou en expansion (West-Nile…), les risques de pandémies (virus grippal mutant…), les maladies tropicales ou liées aux voyages, les actions préventives, la surveillance épidémiologique, le bioterrorisme. D’autres études que la médecine (civile ou militaire) permettent aussi d’apporter leur contribution à la lutte toujours remise en question contre ce monde invisible des agents infectieux : la pharmacie (médicaments anti-infectieux, biologie), les sciences biologiques, les écoles vétérinaires.

Les lycéens en terminales à La Châtre qui souhaiteraient avoir des informations et des encouragements, peuvent s’adresser à l’association ORMAT (Observatoire Rural des Maladies Transmissibles) qui se consacre actuellement à la maladie de Lyme, qui a son siège à l’hôpital de La Châtre (Service de Médecine). Il leur sera possible de rencontrer des médecins praticiens ou hospitaliers et de dialoguer avec eux autour d’un thème d’actualité en pathologie infectieuse.

Chers Amis (ies), je vous remercie de votre attention.

Christian LAFAIX – 22 juin 2003

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2002 – Discours de Michel GIRAUDON

Michel Giraudon

Salle des fêtes de Montgivray, sous la Présidence d’un ancien élève et enfant de Montgivray, Michel GIRAUDON.

Vous savez tous combien l’aide de Michel Giraudon, dans ses fonctions de Directeur de la Communication de SNCF Participations, nous a été précieuse pour le lancement de notre premier bulletin, nouvelle formule. Son parcours, depuis ses années de collège, mérite un  » coup de chapeau « .

Environ 70 convives ont écouté avec attention le discours de Michel Giraudon : il a évoqué avec naturel, sincérité et humour le parcours d’un « mauvais élève » qui a brillamment réussi :  » Ceci doit donner espoir à tous ceux qui peinent au début de leurs études et savent ainsi qu’avec volonté, persévérance et intelligence, il est possible de rattraper un échec scolaire ». Michel GIRAUDON est actuellement Adjoint à la Directrice de la Stratégie de la SNCF, chargé de la Mission Projet Industriel.


Du Certifiat d’Etudes Primaires au DEA

Le “Parcours” de Michel Giraudon publié dans l’édition spéciale du journal de l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussée. Michel Giraudon a quitté le système éducatif à 17 ans, sans aucune qualification.

“J’ai immédiatement intégré la SNCF,” se souvient-il, “où j’ai commencé par des emplois peu qualifiés. Une chance : comme un certain nombre d’entreprises du secteur public, la SNCF a cette vertu de vous permettre, si vous en avez l’ambition et le potentiel, de vous rétablir sur le plan des qualifications et du statut social. J’ai donc suivi le dispositif de promotion interne, qui s’est terminé en 1988 par le concours d’inspecteur transport – une forme d’équivalence par rapport au cursus universitaire, qui correspond au recrutement des ingénieurs de certaines écoles. Néanmoins, comme je restais frustré de n’avoir jamais usé mes fonds de pantalons sur les bancs de l’université, je me suis mis en quête d’un cursus qui me permette d’intégrer une formation de 3e cycle. Le hasard a voulu qu’un jour, en feuilletant Libération, je tombe sur un encart qui présentait le DEA d’économie des transports de l’Ecole des Ponts. J’ai eu la chance de téléphoner en plein été, donc de ne pas passer par le circuit habituel, mais de tomber directement sur le directeur du DEA, Rémi Prudhomme. Nous avons longuement discuté et il s’est déclaré intéressé par mon profil. Il a envoyé un courrier à la Direction de l’enseignement supérieur du Ministère de l’Education, pour que l’on mette en équivalence mon parcours professionnel et ma réussite aux examens internes, avec un deuxième cycle universitaire. C’est ainsi que j’ai pu assouvir mon désir d’études !”

Michel Giraudon – 23 juin 2002

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2001 – Repas d’automne

En ce dimanche un peu frisquet, mais tout de même ensoleillé, ils se sont retrouvés avec plaisir les Amis du rendez-vous d’automne.

Pour ceux qui arrivaient par la côte du Village au noir, et qui ne connaissaient pas le site, l’apparition au sommet du coteau, d’un navire fantomatique, qu’évoque l’abside très dégagée de l’église, ne manquait pas de surprendre. Un endroit campagnard et bien berrichon, pour traduire d’emblée l’ambiance bon enfant de nos agapes.

Pourquoi ce déjeuner d’automne ?

La question se pose chaque année. Chers amis, à vous d’y répondre ! …

Certains ne peuvent pas venir en juillet et sont bien heureux de se retrouver en septembre…

Pour d’autres, on se rencontre deux fois dans l’année, et c’est très bien ainsi… Ceux qui n’ont pas pu venir, transgressant la « décontraction » qui est dans l’air du temps, se sont excusés par un mot gentil… Cas de force majeure… nous comprenons.

Chaque fois, nous essayons de trouver un petit coin bucolique, pour prendre un bol d’air frais, et de la chaleur humaine en plus. Nous pouvons continuer, si vous êtes d’accord.

Jane Chartier, Présidente d’honneur – 23 septembre 2001


2001 – Banquet du 24 juin

Salle des Fêtes de La Châtre


Patricia Darré

Cette année encore, le banquet a connu le succès avec près de cent convives. Il était présidée par Patricia Darré, en présence de notre camarade Maurice BOURG et de son épouse. Maurice est Adjoint au Député-Maire de La Châtre et Président de l’Office du Tourisme, ainsi que du  » Pays de La Châtre « . Etaient présents également Maître Thibaut, Maire de Villedieu et époux de Patricia, Pierre Néraud de Boisdeffre, Président d’Honneur et François Bernard, ancien élève et Conseiller d’Etat.

Les participants pour l’apéritif, dans une salle des fêtes dont la décoration florale avait été réalisée gracieusement par Jean-Pierre Meillant, ont été accueillis au son de l’accordéon par Martial Simon, bien connu de tous ceux qui ont fréquenté les bals de la région de La Châtre.

Le repas avait été confié, après appel d’offres, à un jeune chef talentueux de 25 ans,  » fou de Veyrat  » qui tient enseigne chez  » La Petite Marie  » à Montfargeau.
Quant à notre Présidente de Banquet, Patricia Darré, elle a réalisé une prestation particulièrement brillante qui a  » époustouflé  » l’assistance par son aisance et son brio.
Ayant parlé sans notes, comme une journaliste de radio de grande qualité, il en résulte que nous sommes dans l’impossibilité de reproduire le texte de son intervention.
Néanmoins, le thème qu’elle a traité et qui lui est cher, est celui du Berry et des Berrichons qui devraient être fiers de l’être ; il peut être retrouvé dans le Bulletin 2000.

Ce que tous ont retenu, ce fut le brio et la grâce de Patricia qui a donné une bien belle dimension à notre banquet.

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