Banquets des années 1950-60

 

1952  : La photo du banquet

1953  : Les discours de Jean Emmanuel Bressolette et Maurice Bourg et l’allocution de Pierre André Lafaix

1959  : Les discours de Jean Emmanuel Bressolette et François Vacher

1964 : Le discours de Georges Toury

1966 : Le discours de Pierre Bigrat 

1966 – Discours de Pierre BIGRAT

Notre diner amical de l’an dernier était présidé par Monsieur Pierre BIGRAT, industriel à Argenton s/ creuse. Cadet d’un trio de frères, particulièrement fidèle à notre AMICALE, M. Pierre BIGRAT a prononcé ce soir là une allocution particulièrement brillante et spirituelle… Significative aussi de l’esprit de notre Association et de l’ambiance qui règne à chacune de ses réunions. Une ambiance faite à la fois de bonne humeur et d’attendrissement…On y évoque de savoureux souvenirs de jeunesse… les camarades de promotion… les vieux maîtres disparus…
A l’instigation chaleureuse de notre Président, M. Georges RAVEAU, nous vous proposons aujourd’hui en prélude à notre journée du 8 juillet prochain, le texte intégral du « laïus » de notre camarade Pierre BIGRAT.
Parce qu’il constitue un pittoresque document sur l’histoire de la maison dans le courant des années 20 … Parce que ces pages seront, pour bon nombre d’anciens, fidèles à nos rendez-vous de juillet » un souvenir de la soirée si sympathique de la dernière assemblée générale : le 9 juillet 1966… Et, à l’intention des « jeunes anciens » et futurs adhérents, un moyen d’édification sur la qualité de notre camaraderie.
Née sur les bancs du Collège – ou du Lycée – elle se perpétue au sein de notre AMICALE… Elle s’établit entre les anciens élèves de toutes les promotions, et de ses liens naît l’Entr’aide… Les temps sont proches où ceux des plus récentes chercheront, à leur tour, à venir parmi nous évoquer leurs souvenirs et retrouver leurs camarades d’hier…En lisant la prose, teintée d’humour attendri de Pierre Bigrat nous devons tous, si nous avons du coeur, nous décider dès maintenant à être présents aux « retrouvailles » fraternelles » du 8 juillet prochain.

 


Monsieur le Président d’Honneur,
Monsieur le Président,
Mesdames, Mesdemoiselles,
Mes chers Camarades,

Le 4 septembre 1870, Léon Gambetta proclamait la déchéance de Louis-Napoléon-Bonaparte devant le Corps Législatif qui n’en revenait pas. Un gars terrible, Gambetta. Prenait le ballon, pour un oui pour un non. A chaque fois que la Patrie était en danger. Cet homme était petit par la taille, mais son coeur noble, républicain et généreux, battait ce jour-là sous sa vieille culotte de peau d’une grande émotion, car il parlait au nom de la France toute entière.

Si je suis saisi à l’instant d’un même sentiment, mes chers camarades, c’est que moi non plus, ce n’est pas en mon nom seul que ce soir je m’adresse à vous, mais au nom de la grande tribu des Bigrat.

Car c’est bien là une initiative hardie. Le bureau de votre Amicale que rien ne saurait arrêter dans ses idées de Progrès a décidé que l’un des Bigrat se devait de Présider ce soir votre banquet. Pour le choix, à la famille de prendre ses responsabilités. Aucune restriction, que ce soit le neveu ou la grand-mère, ce n’est pas un homme mais une entité qui est aujourd’hui à l’honneur.

Nous débouchons indiscutablement sur la représentation collégiale, collective et proportionnelle, et vu sous l’angle de la morale sociale, c’est en quelque sorte la Prime aux familles nombreuses. Que les fils uniques perdent donc tout espoir et se le tienne pour dit.


Le conseil de Famille fût donc réuni en référé et au premier tour du scrutin majoritaire qui s’ensuivit, et le plus simplement du, monde, je fus élu par deux voix contre une abstention.
Me voici donc devant vous, l’estomac un peu chargé, le foie quelque peu contrarié lui aussi, mais la tête haute, et conscient de mes responsabilités.
J’ai voulu chercher un sens à mon élection. J’ai cru tout d’abord avoir été désigné au bénéfice du poids. Vu sous cet angle, vous y gagniez indiscutablement, la chose ayant été scientifiquement contrôlée par la méthode de la double pesée. J’ai repoussé cette hypothèse vulgaire et par trop terre à terre. Puis je me suis dit « la note de service » m’arrive par la voie hiérarchique, et n’ayant plus personne vers qui me retourner, je suis bon pour l’exécution. Après l’honneur collectif qui était fait à la famille, cela m’a semblé discourtois pour votre bureau, et j ‘ai encore repoussé cette solution.

Il n’y en avait plus qu’une, qui m’apparût alors éclatante, c’est que de toute la famille j’étais bien le seul à représenter la nouvelle vague… Et en disant cela, j’ai conscience de faire bien plaisir à la bande ici présente de vieux ramollis quant aux jambes, dont j’ai fait connaissance voici un demi siècle dans notre vieux collège.

Nouvelle vague, oui. J’en étais un élément tumultueux jadis. Il m’en reste encore le coeur et la nostalgie. J’ai longuement hésité, avant de me présenter devant vous, à adopter la coiffure d’Antoine, cela ne plaisait pas à ma femme, la mini jupe d’Edouard, ma fille a fait une crise de jalousie ou à empoigner la guitare de Johnny ou celle de Tino, qui comme chacun sait est à vendre au Mont-de-Piété. Avez-vous remarqué comme on traite mal en France les vrais artistes !

Et puis, au terme de mes élucubrations et contre-élucubrations, j ‘ai conclu que la jeunesse devait se trouver dans les coeurs et non dans les cheveux. On se console comme on peut.


C‘est donc moi que j’suis l’cadet du trio qu’Jean-Louis vous a parlé dans la circulaire, plus ému qu’il ne veut en avoir l’air, mais fier de pouvoir étaler devant vous à titre familial quelque 50 années de présence au Collège, 18 Prix de gymnastique, un 3ème accessit de sciences naturelles, 2305 heures de retenues, 18 avions de papier placés sur orbite, c’est-à-dire dans la figure du Professeur, 11 blessures à la face, 12 à l’amour propre, et je vous fais grâce des kilomètres de fond de culotte dont le père Bigrat était marchand, et dont en conséquence nous ne tenions pas comptabilité.

Excusez mon goût pour ces statistiques découvertes dans les papiers de famille après, des recherches longues et minutieuses, et convenez avec moi que les Performances ne sont pas si mauvaises. Je dois confesser que nous avions, nous les Bigrat, une certaine tendance à appliquer naturellement la morale du baron de Coubertin : « Le principal n ‘est pas de vaincre, c’est de participer ». Nous participions donc secondairement à des études qui se disaient elles-mêmes secondaires, et qui en toute logique passaient au second rang de nos Préoccupations. Nous cherchions surtout à conserver une âme saine dans un corps sain, et pour cela, nous ne fatiguions les deux que le moins possible, et seulement en cas d’extrême urgence.

Au demeurant, et avant de remercier votre Bureau de l’honneur qui nous échoit ce soir, et rien ne nous y désignait d’une façon particulière, je veux vous dire que j’ai toujours eu une envie folle d’assurer cette Présidence. Il m’est même venu un jour l’idée schismatique et incongrue de créer une Amicale parallèle à la votre. Mais tranquillisez-vous, qui ne l’aurait mise en péril à aucun moment. Il s’agit de l’Amicale des Anciens Mauvais Elèves du Collège de La Châtre. A part deux ou trois éléments assez suspects parmi vous, nous nous y serions retrouvés les mêmes, mais la tribu Bigrat aurait eu là, de toute évidence, un rôle éminent à jouer, et la Présidence du banquet me serait